2020 – Année du rat – épidémie coronavirus – SRAS

Cela fait longtemps que je n’ai rien publié sur ce blog. J’ai décidé de souhaiter un bon nouvel an Chinois pour cette nouvelle année du rat, et puis je veux parler de ces circonstances dramatiques.

Pour ceux que j’ai connu a cette époque et qui sont encore sur place, je ne peut que leur souhaiter que cela s’arrête le plus vite et qu’ils s’en sortent sans problème. Je leur souhaite d’être en sécurité et en bonne santé et je pense à eux et je prie pour qu’il ne leurs arrive rien.



Actuellement en Chine il y a une épidémie de coronavirus (appelé de façon incorrect coronovirus sur twitter). D’après les scientifiques, il est de la même famille que le SRAS qui avait frappé principalement la Chine et l’Asie du Sud-Est dans les années 2000 (2002-2004). Comme je ne suis pas médecin, je n’ai pas d’idée sur la vitesse de propagation et de l’extension de l’épidémie. Et je m’en tiens aux chiffres et aux recommandations de l’OMS. Je n’ai pas d’opinion sur les informations différentes qui circulent à ce sujet.

Comme j’ai aussi vécu ces événements à Shanghai en 2003 (*). Je pense assez bien comprendre l’état d’esprit des gens sur place. C’est ce que je voudrais évoquer ici à travers mon expérience de 2003 pour aider si possible moralement, parce que c’est important. Je pense à tous les gens Expats et Chinois que j’ai connu là-bas et que je sais combien il est difficile de les aider et je partage leurs doutes et leurs appréhensions. C’est assurément une période très dure.

(*)La période de connaissance officielle du SRAS fut de février à Juillet 2003, bien qu’en pratique la période la plus difficile fut de mars à mai environ.

Je ne suis pas médecin, donc l’avis que je vais donné ici n’a rien de conseils ou de diagnostique ou rien qui se rapproche d’un avis médical.

Pour ceux qui sont en Chine ou qui y vont, mais qui n’ont pas connu cette période et pour ceux qui n’ont jamais vécus en Chine, mais qui y ont des proches ou qui voient les événements à la TV ou sur les réseaux sociaux. j’aimerais dire quelle fut mon expérience et ce que j’en ai retiré.

Au delà d’un très grave problème médical, ce type d’épidémie a aussi une forte dimension psychologique. Un problème grave de psychologie des foules. C’est important de comprendre cela pour essayer de garder la tête froide pour prendre les bonnes décisions pour soi et pour les autres.
L’aspect psychologique, par définition, concerne tous ceux qui ne sont pas touchés directement ou par un proche. J’ai pu voir que c’est un phénomène très très puissant qui doit être maîtrisé. C’est un mécanisme que l’on doit comprendre personnellement pour essayer de passer la crise, sur place, dans les conditions les moins mauvaises. Parce que c’est assez dur psychologiquement parlant, il faut le reconnaître.

Le premier point qui pose problème dans ce genre de crise, est la relation à l’information ou la connaissance de mauvaises informations. Et dans ce genre de circonstances, il y en a beaucoup. Il y a aussi le degrés de confiance qui est réservé aux autorités. C’est quand le manque de confiance est le plus important et que les informations sont absentes ou erronées qu’il est très difficile de supporter l’ambiance psychologiquement parlant. Surtout dans une crise comme le SRAS qui a duré pendant quelques mois. Cela veut dire quelques mois, où tous les jours on se demande ce qui se passe et où tout les matins au réveil, c’est l’angoisse qui vous accueille. Et pendant cette période, tout vous rappelle la crise. Les gens avec les masques, la prise de température à l’entrée des bâtiments, nous même portant les masques, ou utilisant souvent les produits désinfectants etc.

Je me rappelle très bien des prémisses de la crise, des signaux faibles si l’on peu dire. En 2002 ou début 2003, nous avons commencé à recevoir un ou deux SMS parlant vaguement d’une maladie mystérieuse dans le sud de la Chine. Puis à Shanghai, où j’habitais à l’époque avec ma femme, je me rappelle très bien avoir été surpris un jour de voir des infirmiers chargeant un malade sur un brancard. Les infirmiers portant un masque. Ce qui était très très inhabituel pour moi. Puis des proches parlaient d’une maladie de manière plus précise. À ce moment je me rappelle très précisément aussi avoir été dans un autobus, où un des passager était pris de crises de toux très fortes, il ne pouvait s’arrêter et avait visiblement de la fièvre. Mon instinct à l’époque m’avait fait utiliser mon écharpe comme un masque puis je suis sortie rapidement du bus. Tous ces éléments pris séparément, ou même ensemble d’ailleurs, ne peuvent peut être même pas être reliés ensemble. Mais la vie en temps d’épidémie est faite de ça et c’est ça qui est dur, il faut le dire pour comprendre ce que les gens qui vivent là-bas peuvent vivre. A partir du moment où le nombre des victimes augmente, petit à petit, on fait encore plus attention, au bruit d’une sirène de pompier ou d’ambulance, aux histoires des voisins de la famille ou des collègues de travail. Je connais deux livres qui rendent un peu l’ambiance : la peste de Camus et Rhinocéros de Ionesco (quand le héro voit les gens petit à petit se transformer en rhinocéros). Il y a la vie au quotidien, comme on va au bureau et on rencontre des gens (voir on voyage), on peut se demander si on a pas choppé la maladie. Il faut le reconnaître c’est très psychologique, parce qu’en pratique, même si on entend parler de gens malades, emmenés à hôpital ou même assigné à résidence, on a très rarement affaire directement avec la maladie touchant un proche par exemple. Bref vous l’avez compris l’ambiance est lourde. L’ambiance est lourde et il est nécessaire de prendre l’air quand c’est possible, En ces moments les rues sont très peu fréquentées. Ça peut même être l’occasion de découvrir des nouveaux quartiers en marchant. Le sport aussi aide beaucoup à se déstresser. Encore une fois c’est un travail très psychologie, parce que la maladie en fait, vous la côtoyez très rarement directement.

Il y a des moments , de pic d’angoisse. C’est quand on sent que la situation se détériore (le nombre de cas augmente) et que tout d’un coup il y a une annonce d’un nombre importants de nouveau cas ou de découverte de cas dans un hôpital. Oui, c’est arrivé à Pékin par exemple. Ce genre de révélation plonge toute la population dans la panique. A Pékin il y a eu deux ou trois semaines avec plus personne, mais vraiment personne, dans les rues, suite à la découverte de nombreux cas dans l’hôpital central de la ville. Les patients avaient été amenés là, des quatre coin du territoire.
C’est le second point que je veux aborder, la panique dut à une révélation soudaine. Généralement la panique est dût au fait qu’un problème caché est devenu subitement public. Même si la situation strictement médicale, n’a pas évoluée, la perte de confiance, emporte tout sur son passage comme un tsunami. Il faut aussi se préparer à vivre ce genre de moment. Et d’ailleurs il faut aussi en tirer les conséquences pour la façon dont les choses pourraient se passer en Europe si jamais ce type de problème devait arriver un jour.

Mais heureusement comme dans toute crise, il y a une décrue et une fin. Le nombre de cas annoncé diminue, le temps se réchauffe, le soleil revient et un beau jour, on ne parle plus de l’épidémie. Une épidémie se propage, mais ne peut se maintenir ad-vitam. Il y a nécessairement une fin et s’en convaincre aide aussi à passer la période.

L’information joue un rôle fondamental dans ce genre de crise et sur le moral qu’on peut avoir. Les médias (maintenant les réseaux sociaux) ont une grande responsabilité sur la gestion de la crise. Parce qu’ils ne sont pas à la source des informations, ils ont un rôle évident dans la propagation des nouvelles, voir de rumeurs, ou même des mensonges. Je me rappelle très bien que le seul moyen d’information ‘fiable’ à l’époque c’était les informations en provenance des journaux occidentaux. Le gros problème, c’est qu’ils ont tendance à faire dans le sensationnalisme, mais c’est encore plus vrai pour les réseaux sociaux de nos jours. Alors que les gens sur place et aussi leurs familles et amis en France ont besoin d’une information objective.
Il y a aussi l’information donnée par le gouvernement local. Il y a à mon avis un gros malentendu sur la nature de l’information en Chine (par rapport à l’occident). Quand on parle de censure, on ne comprend pas ce que cela veut dire dans le contexte chinois. On transpose littéralement, nos habitudes occidentales, de censure systématique par exemple, et on imagine que cela se passe de la même façon en Chine. Il y a bien sur une censure, mais aussi beaucoup “d’accidents” dans l’information provenant des différents niveaux de la société sous forme d’autocensure. De sorte que ce n’est pas toujours le gouvernement central qui décide d’éliminer telle ou telle information. Ou de la modifier. L’information en Chine n’est pas une chose triviale, on le sait par exemple à propos des statistiques économique (par exemple le taux de croissance).
Les crises épidémiologiques, ont ceci de particulier qu’elles sont les pires, en ce sens, qu’il n’y a pas un ennemi visible à combattre, à éviter ou à mettre en échec. Ce n’est pas non plus une crise écologique comme une inondation qui progresse ou un feux. Le mal est invisible, il peut être partout, et frapper n’importe qui riche ou pauvre, rien n’est négociable, rien n’est sur. L’épidémie rode comme la mort et fait surgir les craintes les plus enfouies et les plus primaires de l’homme. Ce type de crise jette surtout un voile de peur sur une population, et c’est un des problèmes à gérer. Aucune raison ne peut combattre ce type de panique. On l’a vu d’autant plus que le bilan du SRAS est bien inférieur au bilan d’une grippe par exemple. On peut voir en ce moment sur les réseaux sociaux tout et n’importe quoi. Mais ces réseaux sociaux peuvent être un moyen de diminuer la panique d’une population.

Pour avoir vécu dans cette situation, je pense qu’il est souhaitable que les autorité communiquent très régulièrement, heure par heure, sur l’évolution de la situation. Il est important pour éviter toute panique de ne pas cacher des choses, car c’est la révélation de ce qui a été caché qui créé les mouvements de peur panique dans la population. On l’a vu encore à Wuhan. Encore une fois, ce n’est pas l’ampleur du nombre de victime ou la nature de la maladie qui cause la peur panique d’une foule, mais la perte de confiance à un moment dans les gens sensés protéger la population.

D’autre part, il est important pour tout le monde de combattre les rumeurs infondées ou les mensonges qui peuvent aussi créer la panique.

Enfin, quand je vois le comportement de certains occidentaux sur les réseaux sociaux j’ai honte pour eux. Si vous avez une information que vous considérez comme importante, les autorités sanitaires sont disponibles pour faire le nécessaire. Dénoncer des personnes sur les réseaux sociaux (ou relayer des informations non vérifiées ou douteuses ou sensibles) tombent sous le coup de diverses lois. En cas d’état d’urgence par exemple, les peines encourues peuvent être très très lourdes pour avoir répandu ce type d’information. Et les auteurs sont toujours recherchés pour ces motifs extrêmement graves. Vérifiez vos informations , ou passez par des voies officielles.
D’autre part, les plaisanteries sur ce sujet ne sont pas comprises comme telles par les Asiatiques, mais sont plutôt vu comme une pure agression. Si vous voulez paraître intelligent, il est beaucoup plus efficace de montrer son empathie et sa solidarité.
J’aimerais aussi vous mettre en garde contre les vidéos ou photos qui viennent de Chine. Vous ne savez pas qui les à réalisées, dans quel contexte elles ont été faites. Le monde Chinois n’est pas simple. Contrôlez vos sources, recoupez ce que vous voyez plutôt que d’interpréter ce que vous croyez comprendre. Ou vous passerez vite pour un rigolo ou plus grave.
Certains s’offusquent de quelques habitudes alimentaires des Chinois. Les plats que l’on ne mange pas en occident, ne sont pas mangés partout en Chine et que le sud est plus exotique que le Nord à ce propos. Mais là encore, les habitudes alimentaires sont le résultat d’une histoire (vous savez il y a nombre de peuple qui ne comprennent pas comment nous pouvons manger des escargots). La Chine est aussi un pays qui a connu il n’y a pas si longtemps des famines et j’imagine que certaines habitudes se sont gardées. En France, il n’y a pas si longtemps (dans la deuxième moitié du XX siècle) des familles entières pouvaient mourir d’une mauvaise nourriture. Ainsi va le monde et ce ne doit pas être un sujet de critique ou moquerie. Les Chinois traversent une épreuve et nous devons les soutenir, comme nous aimerions qu’ils nous soutiennent si le même genre chose devait nous arriver, et nous n’en sommes pas à l’abri.

Maintenant je pense à l’Europe, et à la France, à la Belgique. Il est important et urgent de mettre en place rapidement des moyens de contrôle et d’information pour que les gens soit informés de la situation en Chine, je pense aux proches et aux familles. Mais aussi pour les informer de la situation en Europe même ! Et pour communiquer le plus rapidement une information objective et factuelle de la situation. Cela veut dire aussi prendre des mesures comme le contrôle à toutes frontières (prise de température par laser et questionnaire de voyage ; tout ça est facile à mettre en place). Ce ne sont pas des recommandation ‘médicales’, mais doit faire partir d’un dispositif de communication. Parce que l’information est nécessaire pour éviter la panique. Pour les questionnaires de voyage, il ne faut pas oublier que la Chine s’est beaucoup internationalisée depuis 17 ans et que Wuhan épicentre de l’épidémie est une ville où les francophones y ont beaucoup de relations. Et on retrouve des francophones sur tout les continents. En Europe, et en particulier en France et en Belgique, on doit communiquer sur les moyens mis en œuvre au cas où une crise de ce genre surviendrait. Avec les moyens informatiques il est facile de mettre cela en place rapidement et pour pas cher.
Il hors de mon propos de donner des conseils sur le plan médical, mais simplement de donner des conseils sur la manière de communiquer lors de ce genre de crise pour faciliter la vie à tout le monde et surtout pour éviter des paniques comme j’ai pu les voir se produire en Chine il y a 17 ans.

A partir du moment où ce type de mesure est mis en place, les échanges entre les pays ont moins de raison d’être impactés. Dans le même ordre d’idée, quand on est sur place, une question qui tourne dans la tête est ‘Est-ce que je reste ?’. Je pense que nombreux sont ceux qui se la pose, en fait tous se la posent. Chacun y répond plus ou moins vite. A l’époque j’étais resté en me disant que j’étais venu là pour rester et que je ne pouvais laisser comme ça ma belle-famille et mes collègues et revenir quand tout irait bien. Mais ce doit être une décision personnelle, est-ce par exemple raisonnable de rester ou pas avec des enfants en bas age ? C’est une décision que je n’aurais pas aimé avoir à prendre.

Pour finir, Il faut bien le répéter, le SRAS à touché 8346 personnes dans le monde (Wikipédia) et 646 en sont morts. Il est possible qu’il y ai eu des complications, mais je n’en sais pas plus. A coté certaines pandémies de grippe ont un nombre de victimes se comptant en million. Si cela ne préjuge de rien, il convient de toujours garder ces chiffres à l’esprit quand on parle de ce sujet.

Il y a beaucoup à dire et si je pense que cela est nécessaire, je n’hésiterais pas à publier plus sur le sujet.

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