A propos

Après avoir profité de la lecture de nombreux livres, je me suis dit, très naïvement, que je me devais de laisser un témoignage des échanges entre Européens1 et Asiatiques2, comme j’ai pu les vivre. Avec une bonne partie de ma vie consacrée à l’Asie, je considère avoir “à dire”. D’autant plus que, rentré en France à l’été 2008, je vois que les clichés ont adopté depuis longtemps la mode du “développement durable”. En discutant de la Chine, des Chinois et plus largement des Asiatiques, je m’aperçois que la plupart des Européens sont encore bloqués sur des clichés, des plus caricaturaux. Combien de fois ai-je entendu dans des bouches plus ou moins “cultivées” des phrases telles que : “les Asiatiques sont cruels”, “les femmes asiatiques sont soumises”, “l’Asie est un lieu très spirituel”, “les Asiatiques sont très polis”, etc. Plus je discute avec des Européens, plus je vois que ce que je pense ne correspond pas à ce qu’ils pensent de l’Asie. Plus particulièrement, de celle ayant un héritage confucianiste3, possédant donc un contexte culturel et moral très différent de ce que nous connaissons à tous les niveaux de notre société. Je me propose de faire en sorte que le lecteur puisse saisir des éléments intimes de ce contexte. Bien sûr, je n’ai pas cherché à faire un travail exhaustif, mon but est plutôt de faire apparaître certains éléments, qui visiblement sont difficiles à appréhender pour nous autres occidentaux.

Aussi, en voyant nombre de compatriotes européens un peu perdus sur cet autre continent, je me suis trouvé le devoir d’exposer mon sentiment en pensant fournir des réponses éclairantes, ou à défaut des questions peut-être nouvelles, donc utiles.

Il y a dans le contact avec une autre culture trois étapes : la prise de conscience des traits différents, leur compréhension et finalement leur acceptation. La première étape est incontestablement la plus difficile : quand on est habitué à des schémas de pensée, il est difficile de s’en défaire. Pire, plus la personne est cultivée et éduquée plus la tentation de vouloir conformer la réalité à sa vision des choses est grande.

Cette aventure commença par l’apprentissage du japonais à la fin des années 80 et les contacts avec des amies de ce pays venues étudier à Paris. La pratique des arts martiaux, judo, karaté ou kendo depuis mon plus jeune âge, m’a sensibilisé au mode de penser de cette partie du monde. Les maîtres de ces disciplines, ayant le plus souvent une vision respectueuse des gens, me transmirent leur attirance pour un certain état d’esprit, obligatoirement issu de ces cultures.

Dans le milieu des années 90, je fis la connaissance d’une Chinoise qui m’introduisit au sein de sa cellule familiale. J’en vis de façon plus proche et plus approfondie le mode de fonctionnement au quotidien. Puis, il y eut le contact avec la famille éloignée, les amis arrivés en France de fraîche date, enfin, par le jeu des relations, ceux issus du Sud-Est asiatique tel que le Viêt-nam, Taïwan ou Hong-Kong.

Dans mon expérience de vie en Chine de l’Est4, je me suis toujours attaché à comprendre la vie courante des gens, leur façon de voir, la façon dont nous occidentaux nous les voyons et finalement ce que nous retirons de ce contact.

Aborder l’Asie ne se résume surtout pas au Business5, à la “Culture ” ou à l’”Histoire “. Lors de mes études de japonais, l’art et l’histoire complétèrent le puzzle de l’univers dont je devrais parler la langue. Alors que je dévorais livre sur livre, je découvris dans un cinéma du Quartier Latin à Paris, un film de Yasujiro Ozu, Tokyo Monogatari. Ce fut une révélation. Loin des films de samouraï ou des films bizarroïdes asiatiques idolâtrés par une petite chapelle d’intellectuels, son œuvre me révélait les sentiments, les émotions, le fonctionnement de la famille japonaise. La famille serait donc le chemin pour comprendre l’âme d’un peuple ? Oui, je le pense. La façon dont elle fonctionne montre les grandeurs et les errements d’une société, et je soupçonne que c’est encore plus vrai pour le monde confucéen. J’ai lu quelque part, “ce qui est en haut est comme ce qui est en bas “; pour ma part je dirais: “comprends la famille, tu comprendras la société “. Les comportements, les fonctionnements, les ambitions des habitants du Japon, de la Corée, de la Chine, du Viêt-nam voire des diasporas asiatiques à travers le monde sont directement influencés par le confucianisme et par ce rapport particulier avec la famille.

Si la famille est un point de départ obligé, diverses expériences et de nombreuses rencontres m’ont permis, je l’espère de divertir le lecteur. Comble de l’ambition, j’aimerais lui donner le sentiment de l’univers du coeur et de la raison de ce côté de la planète.

J’ai surtout vécu en Chine et essentiellement dans les villes de Shanghai et Pékin. Cela dit, la lecture d’un livre6, que je recommande chaudement, me fit voir que l’on peut traiter d’un sujet historique et culturel en s’appuyant sur des éléments disparates appartenant à des pays de mêmes proximités géographique et historique. Si le Japon est traité de façon anecdotique dans ce livre, ce n’est pas parce que je le considère comme moins important, mais parce que mon expérience en Chine est plus récente. Mon regard sur la Chine est ce qu’il est, uniquement grâce à la connaissance acquise de la culture japonaise. J’encourage donc très vivement un Européen qui veut en savoir plus sur l’un de ces deux pays7 d’étudier l’histoire et la culture de l’autre.

Pour un Européen un tant soit peu intéressé par la vie du pays où il pense vivre le reste de sa vie, les questions sont multiples, lancinantes, chaque jour renouvelées. Après six ans passés en Chine, j’ai décidé de faire le point en France de façon à pouvoir écrire ce livre en ayant le recul nécessaire. Chaque idée fut tournée et retournée, pesée, discutée avec des amis, des collègues ou de la famille pendant toutes ces années. Comme il s’adresse plutôt à des Européens, il est organisé en tenant compte de la manière, dont nous regardons le monde asiatique. Comme je suis Européen de culture, je pense aussi pouvoir traduire de façon plus efficace ces concepts tel un interprète ou un traducteur. De même qu’il est nécessaire de connaître intimement la langue de destination pour mieux traduire, il est nécessaire de penser “Européen ” pour leur communiquer ces sentiments de manière juste. Peut-être qu’un Asiatique, lisant ces lignes, pourra les trouver impudiques ou provocantes. Cela je peux le comprendre, car il n’est pas naturel, en Asie, d’exposer de façon crue ses sentiments. Mais je pense vraiment que le pire est l’incompréhension. Vivre les uns à côté des autres, sans se connaître, comme dans des univers parallèles, ayant de l’autre un fantasme irréel, est-ce enrichissant ? De plus, les Européens ont besoin de ce genre de discours pour mieux comprendre les cœurs et les esprits.

1J’utilise le terme ” Européen ” car ” Occidental ” eut été trop large et trop vague. Il faut dire que je ne connais pas assez la mentalité de nos amis d’outre-Atlantique pour en parler de façon constructive. Mais, par moments, j’utilise le terme ” Occidental ” pour les Européens, les Russes, les Américains du nord et les Américains du sud.

2J’utilise le terme ” Asiatiques ” dans ce livre pour désigner particulièrement les habitants de la Chine, du Japon et les Chinois d’origine résidant en Asie du Sud-est. Je n’ai pas trouvé de terme plus simple pour les regrouper. La morale confucianiste et le bouddhisme ayant fortement influencé au-delà des frontières de ces deux pays, il me paraît approprié de considérer que les pays voisins peuvent avoir une culture proche.

3Confucius et le confucianisme, Alexis Lavis, éditions Pocket, collection Agora. Le nom chinois de Confucius est Kongzi en deux mots ” Kong ” pour le nom et ” Zi ” pour maître. Prononcer ” kHong steu “, Le ” H ” doit être aspiré comme dans hot en anglais. Il vivait en Chine aux alentours du Ve siècle av. J.-C.

4Je connais pincipalement Pékin, Tianjin, Nanjin, Shanghai, Hangzhou, Guangzhou (Canton), Shenzhen. Pour les plus grandes villes

5Je préfère le terme business. Il est plus large de sens que le mot affaires ou relations commerciales

6L’empire des steppes, René Grousset, éditions Payot

7idem pour la Corée qui a fortement subi l’influence de ses deux voisins

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